Comprendre le monde, les relations internationales pour tous (Pascal BONIFACE; Editions Armand Colin; mars 2015)

Comprendre_le_mondeLa part des événements géopolitiques dans le traitement de l’actualité internationale est de plus en plus conséquente. Les médias, conscients de l’intérêt des citoyens pour ces événements, cherchent à faire preuve de pédagogie en expliquant les enjeux géopolitiques de tel ou tel conflit armé, de telle ou telle négociation diplomatique. Ils sont cependant bridés dans leur démarche salutaire par trois facteurs : la nécessité d’expliquer dans l’instant, voire en continu, la limite temporelle (quelques minutes à la télévision ou à la radio) et physique (quelques milliers de signes pour la presse) des formats des médias, le manque chez certains d’une prise de recul suffisante pour apprécier à sa juste valeur un événement géopolitique.

Ces trois facteurs peuvent conduire à une sous ou à une sur-interprétation des phénomènes géopolitiques, voire carrément à des erreurs d’analyse. Dans un ouvrage intitulé 50 idées reçues sur l’état du monde (Recension disponible à cette adresse http://livres-et-geopolitique.fr/50-idees-recues-sur-letat-du-monde-edition-2015-pascal-boniface-editions-armand-colin-avril-2015/), Pascal Boniface revenait sur ces argumentaires répétés en boucle mais qui n’étaient que des caricatures de la réalité. Poursuivant son travail de vulgarisation auprès du grand public de l’analyse géopolitique, l’auteur propose à travers l’ouvrage ici présenté un véritable manuel de géopolitique accessible à tous, comme le rappelle le sous-titre (« les relations internationales pour tous »).

Le titre de l’ouvrage (« Comprendre le monde ») laisse suggérer une forte ambition au niveau du contenu et on peut dire que le pari est réussi. Pascal Boniface a construit son livre autour de quatre grandes thématiques : le cadre la vie internationale (mise en perspective de la mondialisation, définition des acteurs), les puissances, les défis globaux (réchauffement climatique, distorsions économiques, etc…) et enfin le débat sur les valeurs qui aborde la question de la démocratie (son universalité et sa perception), les enjeux juridiques et géopolitiques de la souveraineté et de l’ingérence, et pour finir la place de la morale et de la Realpolitik dans les relations internationales.

Bien que structuré de manière thématique et autonome, il convient de lire dans l’ordre et dans l’intégralité le livre car de nombreux arguments et démonstrations font écho aux chapitres précédents. Il y a une certaine progression qui permet au lecteur, et c’est le but ultime de l’ouvrage, de se forger sa propre réflexion sur les enjeux qui façonnent les relations internationales. L’auteur veille à lier systématiquement approche factuelle et analyse critique pour en tirer des enseignements. Les parties sur les notions de souveraineté et d’ingérence sont les plus réussies, de même que celles sur la morale et la Realpolitik où l’auteur évite soigneusement une approche binaire.

Les cartes proposées sont claires, mais insuffisantes au regard des enjeux évoqués dans le livre. On peut regretter également l’absence d’une bibliographie qui aurait permis au lecteur d’approfondir à sa guise certains chapitres. Parmi les défis globaux, on pourrait suggérer en vue d’une nouvelle réédition (la recension se base sur la troisième réédition, preuve du succès du livre) un chapitre spécifique sur les enjeux énergétiques, voire un sur les nouvelles technologiques qui sont certes évoquées tout au long du livre mais qui ne font pas l’objet d’un traitement spécifique.

Bien que la géopolitique soit devenue un champ d’études « à la mode », il n’y a que peu de livres qui proposent une vision d’ensemble des enjeux géopolitiques en étant à la fois accessibles au grand public et très utiles pour des étudiants de licence et de master souhaitant questionner leurs connaissances des relations internationales. Pascal Boniface comble ce vide brillamment et son livre est amené à devenir un classique, comme en témoignent ses multiples rééditions.

PS : L’auteur de la recension précise travailler dans le Think Tank (IRIS) dirigé par l’auteur du livre.


Recension réalisée le 23 juillet 2015

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.armand-colin.com/comprendre-le-monde-3e-edition-les-relations-internationales-pour-tous-9782200600839 

Kennedy, une vie en clair-obscur (Thomas SNEGAROFF; Editions Armand Colin; septembre 2013)

KennedyNous avons pour habitude de publier des recensions d’ouvrages de géopolitique ou ayant trait aux relations internationales. Il peut arriver que nous soyons amenés à faire une exception lorsque le sujet le mérite, ce qui est le cas avec le dernier ouvrage de Thomas Snégaroff, historien spécialiste de la présidence américaine, portant sur John Fitzgerald Kennedy.

La date de parution de cette biographie correspond à quelques mois près au 50ème anniversaire de l’assassinat de l’ancien Président américain à Dallas le 22 novembre 1963. Comme on pouvait s’y attendre, de nombreux ouvrages viennent de sortir pour « profiter de cet anniversaire » qui fascine toujours autant les médias, avec le risque d’une offre littéraire et intellectuelle de niveau variable.

Ce n’est pas le cas du livre de Thomas Snégaroff qui impressionne par sa maîtrise du personnage Kennedy, sa capacité à remettre dans son contexte chaque idée avancée, ainsi que sa faculté à écrire simplement sans renoncer à la finesse d’analyse qu’un tel travail exige. Ce dernier n’est pas évident, comme le rappelle l’auteur au début de l’ouvrage, puisqu’il n’est ni question de faire l’éloge d’un président, aussi charismatique soit-il, sous peine d’occulter ses aspects les moins connus et parfois les moins avouables, ni question de s’interroger exclusivement sur la construction du mythe, thématique intéressante mais qui bride les autres dimensions d’analyse.

Sur un peu plus de deux cent pages, en une dizaine de chapitres aux titres courts et directs (Racines, Souffrances d’enfance, Inga…), l’auteur parvient à nous présenter un homme politique complexe à travers des moments clés de sa vie. Une véritable progression dans la compréhension de qui fut Kennedy se fait jour avec les interconnexions entre les chapitres, l’auteur démontrant de façon éclatante les constantes qui ont conduit un enfant malade, considéré comme le second de la famille après son frère aîné, à la tête de la plus grande puissance du monde.

Ce que l’on supposait mais qui se vérifie à la lecture du livre, c’est le rôle majeur qu’a joué le père de John, Joseph Kennedy qui a mis sa fortune au service de la carrière de son fils, n’hésitant pas à faire pression sur ceux pouvant jouer un rôle dans l’ascension de celui-ci. Cette influence majeure du père ne doit pas pour autant occulter la formidable capacité de résistance de Jack (JFK) qui échappe à la mort à de nombreuses reprises (Seconde Guerre mondiale et maladie d’Addison), parvenant à se remettre en cause quand nécessaire pour cacher son tempérament et ses erreurs afin de gravir les marches de la vie politique, prenant ainsi le relais d’un frère aîné mort lors de la Seconde Guerre mondiale.

JFK parvient à transformer des semi-échecs (son activité militaire dans le Pacifique, ses résultats universitaires assez moyens entre autres) en succès retentissants grâce à une propagande conçue par sa famille (tous se mobilisent), et qu’il entretient également, n’hésitant pas à faire acheter ses productions littéraires pour les faire rentrer dans le haut des classements par exemple. Le passage sur la crise de Cuba et le bras de fer entrepris avec l’ennemi soviétique résume à lui seul les forces et faiblesses de JFK qui parvient à se sortir d’une mauvaise passe, évitant au monde un affrontement militaire aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Ce qui compte pour la famille Kennedy, c’est la réussite ; un véritable culte est voué à ceux qui entreprennent, qui ne renoncent pas, jusqu’à atteindre le but visé.

On aurait aimé un chapitre supplémentaire sur la courte présidence de Kennedy, où auraient été davantage explicitées ses actions en matière de politique intérieure. Cela aurait été d’autant plus intéressant que le succès de sa campagne contre Nixon a été le résultat d’un savant mélange d’intelligence politique, de stratégie, de concessions afin d’attirer le plus grand nombre, prenant le risque d’en décevoir également beaucoup une fois élu. Le chapitre sur Dallas et l’assassinat ne tombe pas dans le sensationnalisme ; il est au contraire très subtil et délicat.

Que l’on soit amateur ou pas de biographies, le livre de Thomas Snégaroff mérite d’être lu et relu. Très bien écrit et construit, il permet d’entrevoir quelques facettes d’un des hommes politiques américains les plus connus sur la scène internationale, aussi bien pour l’espoir qu’il suscitât que pour sa mort tragique.


Recension rédigée le 13 novembre 2013

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.armand-colin.com/livre/457439/kennedy.php