Justice pour la Palestine!, Tribunal Russel sur la Palestine (Ouvrage coordonné par Virginie Vanhaeverbeke et Frank Barat; Editions L’Herne; mars 2013)

JUSTICE_POUR_LA_PALESTINEL’été 2014 a été tristement marqué par un nouvel épisode guerrier entre Israël et Gaza. Il semble désormais que l’on s’achemine vers un cessez-le-feu permanent, après deux mois de combats violents, asymétriques, et profondément meurtriers pour la population de Gaza. Il est question de plus de deux mille morts côté Palestiniens (essentiellement des civils) et d’une soixantaine de morts côté Israéliens (essentiellement des militaires). Comme à chaque affrontement entre ces deux protagonistes, une véritable guerre de l’information a vu le jour, avec un écho médiatique international, chacun accusant l’autre camp d’être responsable du drame humain qui est irréfragable. Des manifestations ont appelé à l’arrêt immédiat des opérations militaires israéliennes considérées par beaucoup comme disproportionnées, à la paix durable, mais l’espoir semble bien faible de voir cette situation historique (à la fois par sa durée que par sa singularité / intensité) évoluer positivement.

L’ouvrage qui fait ici l’objet d’une recension tombe « à pic », car il permet, de façon claire et argumentée, de comprendre les enjeux profonds et lourds ce conflit permanent. Son titre donne le ton : « Justice pour la Palestine ! ». Mais c’est son sous-titre qui est le plus intéressant : « Tribunal Russel sur la Palestine ». Il s’agit d’une référence directe au Tribunal Russel sur le Vietnam (1966) de Lord Russel qui organisa un tribunal sur le modèle de celui de Nuremberg afin de juger l’action des Américains au Vietnam (son président exécutif fut Jean-Paul Sartre). Il ne s’agissait pas d’un véritable tribunal aux compétences juridiques établies, mais davantage d’un outil (ou Tribunal de conscience) permettant à des intellectuels d’échanger sur la question et surtout de médiatiser leur point de vue et de mobiliser la société civile.

Le Tribunal Russel sur la Palestine s’inscrit dans la même logique avec pour objectif de dénoncer les entraves à la paix et de favoriser une conscience collective, à même de faire pression sur les gouvernements, peu enclins à agir. Composé de personnalités aussi variées que prestigieuses (Stéphane Hessel, Desmond Tutu, Noam Chomsky, etc…), ce Tribunal s’est réuni à plusieurs reprises pour faire état de ses travaux et le constat est sans appel.

Rappelant très justement que l’Etat d’Israël doit sa création aux Nations Unies, le collectif indique dans la foulée que ce même Etat fait fi depuis sa création de la Charte des Nations Unies, bafouant le droit international et ne tenant jamais compte des résolutions de l’ONU à son encontre. Le problème est d’autant plus grave que cette injustice se double d’une impunité unique en son genre, ce qui constitue d’après le collectif le principal obstacle à la paix.

Le collectif insiste également sur la responsabilité, directe et indirecte, des Etats et des entreprises qui ont des liens avec Israël et qui se refusent à entreprendre toute action pouvant infléchir une ligne politique très à droite, à court terme, et qui dessert au final l’intérêt du peuple israélien. Face à ce silence coupable, le collectif place ses espoirs dans la société civile et souhaite une prise / crise de conscience collective face à ce que certains appellent, tout en sachant que l’expression fait débat, une situation d’apartheid que connaît le peuple palestinien.

Construit sous la forme de courtes tribunes ou de questions / réponses quant à l’engagement des auteurs auprès de ce Tribunal, le livre coordonné par Virginie Vanhaeverbeke et Frank Barat permet aisément à chacun de comprendre les blocages à la paix entre la Palestine et Israël, mais surtout la responsabilité politique, morale et juridique de ce dernier. Soulignons la qualité des annexes (carte de la colonisation israélienne, récapitulatif des résolutions non respectées par Israël, document non officiel de la CIJ sur l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé, etc…) qui appuient encore plus la force d’argumentation des auteurs.

On aurait aimé connaître la suite de ce Tribunal, surtout depuis le décès de Stéphane Hessel, ainsi qu’avoir un retour plus approfondi sur l’influence de ce Tribunal auprès de la société civile, groupe d’ailleurs bien difficile à cerner tant il est le produit de réalités multiples.


Recension réalisée le 27 août 2014

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.editionsdelherne.com/index.php?option=com_k2&view=item&id=371:justice-pour-la-palestine&Itemid=59