The United States of Google (Götz HAMANN, Heinrich WEFING & Khuê PHAM; Editions Premier Parallèle; mars 2015)

the_united_states_of_google_couv-largeGéant mondial des nouvelles technologies, ayant l’ambition d’agir dans tous les secteurs de l’existence humaine (santé, travail, loisirs…), Google fascine, agace, suscite la peur chez certains qui y voient l’émergence d’un pouvoir immense et incontrôlable. De nombreux ouvrages cherchent à comprendre la spécificité de Google, à voir en quoi son mode de fonctionnement, sa philosophie et son poids politico-économique le classent à part parmi d’autres géants numériques comme Facebook ou Amazon.

L’ouvrage qui fait ici l’objet d’une recension s’intitule « The United States of Google » et a été rédigé par trois journalistes de la presse allemande. Le titre donne clairement envie car l’on s’attend à une analyse du statut de Google, qui de par sa puissance, supplante le pouvoir de nombreux Etats. L’idée est que cette entreprise a aujourd’hui les ressources et la volonté de s’assumer un peu comme un Etat, bien que dans l’ouvrage et à juste titre, les auteurs démontrent avec clarté que Google entend dépasser cette dimension « classique » de la conception des rapports de force et compte bien diffuser une idéologie (page 11).

Les auteurs ont fait le choix d’une double problématique pour le moins surprenante : en se demandant quel était le meilleur des mondes (le « classique » c’est-à-dire celui de la politique ou le nouveau monde, celui des ingénieurs et des programmeurs) et lequel appartenait au futur, il nous semble que l’analyse de l’ouvrage est biaisée. Le clivage opéré ici entre deux mondes ne nous paraît guère pertinent, car nous pensons que ces deux mondes sont amenés à cohabiter et que de puissantes confrontations vont avoir lieu (elles sont déjà une réalité soit dit en passant).

Des entreprises comme Google peuvent sembler à première vue intouchables, les auteurs rappelant à juste titre que la puissance mondiale qu’est Google n’est représentée sur aucun atlas et qu’elle n’a pas de frontières. Cependant, elle demeure malgré tout, par des aspects légaux, sociétaux, liés étroitement aux Etats où elle prospère.

Découpé en cinq courts chapitres (l’ouvrage fait une soixantaine de pages), les auteurs cherchent à montrer les différents aspects de la puissance mondiale qu’est Google mais malheureusement, ils restent en surface dans leur analyse qui était pourtant très prometteuse. Cela est sans nul doute dû à la taille du livre qui aurait plutôt nécessité de rétrécir le champ d’analyse à un seul aspect du sujet. En voulant aborder l’ensemble du sujet, les auteurs évoquent des pistes pertinentes, mais sans les lier à un argumentaire fort. La volonté de Google de se façonner son propre territoire (cf également l’initiative Six Californie), de présenter sa propre conception de la société, des rapports humains, aurait mérité une description de plusieurs dizaines de pages pour voir dans le détail les implications pour l’ « ancien monde » (c’est-à-dire celui du politique).

Néanmoins, il convient de souligner la très grande qualité de la postface d’Adrienne Charmet-Alix, membre de la Quadrature du Net, qui conceptualise avec brio les vrais enjeux de la puissance Google et de sa dynamique actuelle. Elle démontre précisément comme les politiques se défaussent désormais de leurs responsabilités au profit du numérique, sans se rendre compte que cette perte de contrôle sera extrêmement nuisible à moyen et long terme. Elle note très justement page 51 que ces puissances du genre de Google sont en train de « détruire petit à petit la plus grande qualité d’Internet : la sérendipité, soit la possibilité de faire des découvertes accidentelles. » Et cela touche directement à nos libertés individuelles et fondamentales.

The United States of Google est un livre à conseiller aux curieux qui n’auraient que de vagues connaissances sur l’entreprise ; en cela le livre réussit à sa lecture à susciter l’intérêt à en savoir plus. Pour ceux qui suivent déjà la montée en puissance de Google, ils risquent d’être déçus ou plutôt frustrés car les auteurs avaient toutes les cartes en main pour faire un livre complet, critique et argumenté, une sorte de contrepoids au livre « A nous d’écrire l’avenir » (http://livres-et-geopolitique.fr/a-nous-decrire-lavenir-comment-les-nouvelles-technologies-bouleversent-le-monde-eric-schmidt-jared-cohen-editions-denoel-octobre-2013/) d’Eric Schmidt et Jared Cohen.


Recension réalisée le 14 avril 2015

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.premierparallele.fr/livre/the-united-states-of-google

Menace sur nos libertés, comment Internet nous espionne, comment résister (Julian ASSANGE; Editions Robert Laffont; mars 2013)

MENACES_SUR_NOS_LIBERTESDes livres sur Internet et le respect des libertés, on en trouve de plus en plus, et d’un niveau souvent inégal. Oscillant entre un alarmisme exagéré masquant un vide intellectuel et une succession de récits techniques brouillant le message initial, ils ne permettent pas aux lecteurs d’avoir les véritables outils de compréhension suffisants pour en faire des cyber acteurs.

C’est pourtant le tour de force que parvient à réaliser Julian Assange dans « Menace sur nos libertés ». On ne présente plus le fondateur de Wikileaks, personnalité majeure de l’histoire de l’Internet, admiré par certains, conspué par d’autres pour avoir mis en ligne des centaines de milliers de messages diplomatiques américains. Aujourd’hui réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis juin 2012 pour éviter une extradition vers la Suède, il continue -malgré des difficultés de logistique évidentes- à poursuivre son combat pour la liberté des cybernautes sur la Toile et pour mettre en garde ces derniers contre la censure et l’espionnage qui y prospèrent, avec la complicité des Etats et des entreprises.

C’est clairement dans ce champ d’analyse que s’inscrit cet ouvrage. Composé d’une dizaine de chapitres traitant aussi bien de la censure que de la militarisation du cyberespace en passant par la place de l’économie et de la politique sur Internet, ce livre se présente sous la forme de plusieurs discussions entre Julian Assange et trois spécialistes des nouvelles technologies et d’Internet : Jacob Appelbaum oeuvrant pour le Tor Project, Andy Müller-Maguhn expert en cryptage sur Internet et enfin Jérémie Zimmermann, porte-parole de la « Quadrature du Net ».

Tous sont donc des acteurs engagés de la société civile du cyberespace qui cherchent au travers de leurs échanges à démontrer par quels moyens et dans quels buts les cybernautes font l’objet d’un espionnage de masse sur Internet. Ils constatent d’ailleurs à juste titre que la plupart des informations collectées sont en réalité données sans réelle autorité de coercition par les cybernautes eux-mêmes, qui baissent la garde devant les supposés bénéfices d’un plus grand partage de leurs données personnelles : travail, amis, voyages, loisirs, achats en ligne, etc…

Tout en validant l’argumentaire des auteurs, on peut toutefois leur reprocher de dédouaner trop rapidement les cybernautes, qui ont pourtant accès à un nombre important d’informations pour comprendre les conséquences de leurs actions dans le cyberespace, et de ne porter la responsabilité des menaces liberticides que sur les Etats et les entreprises qui répondent aux injonctions de ces derniers (Google, Facebook, etc…).

Évitant un jargon trop technique, les quatre « penseurs du Web », n’étant d’ailleurs pas toujours d’accord entre eux, réussissent cependant à entreprendre une réflexion riche et approfondie sur ce que doit être Internet et sur les moyens (la cryptographie principalement) disponibles pour les cybernautes afin de se prémunir d’une surveillance déjà présente et sans doute trop intrusive.

Riche d’anecdotes, de mises en perspective utiles, de rappels historiques indispensables, le livre « Menace sur nos libertés » doit être pensé comme un outil au « réveil du cybernaute », qui se doit de se protéger d’un cyberespace qu’aucun ne maîtrise vraiment.

On pourra trouver que les auteurs exagèrent certains traits de leurs analyses, mais c’est l’objectif recherché : provoquer le lecteur pour l’inciter à ne pas prendre les faits pour argent comptant et à se construire sa propre conception du cyberespace.


Recension rédigée le 10 avril 2013

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.laffont.fr/site/menace_sur_nos_libertes_&100&9782221135228.html