Lire, écrire, compter, coder (Frédéric BARDEAU, Nicolas DANET; Editions FYP; juin 2014)

PlatCouv-LECCoder_couv StimuloDire que le débat est à la mode serait un euphémisme. Depuis des années, l’informatique fait l’objet d’un traitement médiatique important pour savoir comment l’insérer dans les programmes d’enseignement. De nombreux débats agitent la communauté scientifique, pédagogique, ainsi que les élus : est-ce à l’école de s’occuper de cet enseignement ? Comment doit-il se présenter ? A partir de quand le proposer ? Doit-il être obligatoire ou facultatif ? Qu’entend-on d’ailleurs par enseignement de l’informatique ? Cela n’implique-t-il pas la création de nouvelles méthodes pédagogiques ? Les questions sont multiples, et les réponses, si elles existent, sont complexes et rarement parfaites.

Avec l’essor des NTIC, l’attention s’est portée plus spécifiquement sur le code, la capacité pour un individu de programmer. Pouvant sembler peu utile devant la facilité des outils technologiques qui nous sont proposés, la programmation est pourtant essentielle, voire dans le futur indispensable, car elle permet de comprendre le fonctionnement des services que nous utilisons, de pouvoir les modifier en fonction de nos besoins, d’en créer de nouveaux. En bref, elle permet au citoyen de ne plus être un simple utilisateur des technologies, mais bien un acteur, à sa mesure certes, du cyberespace.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’ouvrage de Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, Lire, écrire, compter, coder, déjà auteurs d’un essai intéressant sur les Anonymous. Le titre donne immédiatement la tonalité de l’ouvrage : coder est mis au même plan que les autres impératifs de base de l’enseignement. On aurait pu craindre que le livre se résume à une caricature, faisant l’apologie du codage en le présentant comme solution à tous les maux de la société. Il n’en est rien ; au contraire même, les auteurs livrent ici une analyse pertinente des enjeux de l’enseignement et de la pratique du code, pas seulement pour les enfants (chapitre 3), mais également pour les adultes (chapitre 4).

Dans un style très clair et accessible y compris pour les néophytes en informatique, ils définissent simplement la philosophie qui réside dans le code et démontrent qu’il n’est pas réservé à une caste de développeurs aux profils d’ingénieurs. Certes, ils rappellent à juste titre que, comme dans toute discipline, certains produisent des travaux de meilleure qualité, requérant plus de finesse et d’expérience, mais ils insistent sur le fait que c’est à chacun de s’y mettre et qu’il ne risque rien. En effet, dans le domaine de la programmation (via la conception d’algorithmes), l’objectif est de trouver des solutions à des problèmes. Cela passe par des essais, des tâtonnements, des erreurs donc, qui sont corrigées au fur et à mesure.

Coder a également des conséquences comportementales et sociétales, car pour progresser, il convient de partager ses expériences, de demander de l’aide si l’on n’a pas trouvé par soi-même la solution (c’est un principe fondamental sur les forums). Les projets open source participent de la même logique, avec la conjonction des capacités de chacun pour mener des projets de grande ampleur (cartographie, etc…), à même de concurrencer ceux des géants numériques comme Google.

Les auteurs ne prétendent pas donner des solutions clés en main ; ils cherchent à montrer que l’apprentissage du code répond à des problématiques éducatives complexes. A l’aide de nombreux exemples (pas assez développés sans doute), ils donnent des pistes pour voir ce qui peut fonctionner et permettre aussi bien aux enfants qu’aux séniors, aux hommes et aux femmes (souvent à l’écart de la pratique du code), de coder et d’être moins dépendants de logiciels qui colonisent toujours plus nos existences.

A la fin de la lecture du livre, le lecteur a clairement envie de tester les initiatives en ligne pour se frotter au code, ce qui prouve la qualité de l’ouvrage. Ce dernier devrait être d’ailleurs conseillé aux parents, aux enfants, et sans doute aux politiques en charge des stratégies éducatives. Cela éviterait les débats stériles et permettrait à la France de rester dans le jeu des puissances numériques via l’élaboration d’une stratégie éducative numérique cohérente et modulable… car comme toute langue, le code (et les langages qui le constituent) évolue, et avec lui nos futures réalisations dans le cyberespace.


Recension rédigée le 18 septembre 2014

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.fypeditions.com/lire-ecrire-compter-coder/