La guerre au Mali, comprendre la crise au Sahel et au Sahara, enjeux et zones d’ombre (sous la direction de Michel GALY; Editions La Découverte; juin 2013)

LA GUERRE AU MALILe Président François Hollande s’est rendu en septembre 2013 au Mali pour féliciter le nouveau président élu mais également pour se féliciter du succès de l’opération militaire française appelée « Serval » qu’il a lancée le 11 janvier 2013, afin de mettre un terme à la progression des forces djihadistes et des Touaregs vers le sud du pays. Présentée comme une victoire, cette opération ressemble en vérité davantage à un écran de fumée, censé caché des problèmes bien plus complexes, pour lesquels la France a d’ailleurs une part de responsabilité.

Tout d’abord, même s’il y a eu des combats, force est de constater que les affrontements n’ont pas été aussi nombreux qu’imaginés par les militaires français, pour la simple raison que leurs adversaires ont préféré se replier, se cacher, pour entreprendre par la suite une guerre de harcèlement, une fois que le gros des troupes françaises aura regagné la France.

Deuxièmement, l’intervention a eu lieu exclusivement au Mali, laissant penser que le problème nécessitant une action militaire (mais est-ce que le militaire est suffisant dans ce genre de situation ?) était circonscrit au pays. Or, dès la lecture de la quatrième de couverture de l’ouvrage dirigé par Michel Galy, professeur de géopolitique, on comprend bien que l’attention doit être portée sur l’ensemble de la zone Sahel / Sahara. En effet, une action terroriste perpétrée sur le territoire algérien par exemple peut être le résultat d’actions antérieures entreprises dans des pays voisins pour des motifs transnationaux.

A première vue, on aurait pu craindre que l’ouvrage « La guerre au Mali » soit de faible qualité, pauvre en contenu et qu’il ne se contente que d’enrichir des informations factuelles fournies par les médias, eu égard à la date de publication, très proche du déroulement du conflit. Or, il n’en est rien. Nous avons ici affaire à un livre de grande qualité, qui permet en un peu moins de deux cent pages d’avoir des éléments d’analyse pertinents quant à la géopolitique de la région Sahel / Sahara.

L’ouvrage est composé de huit chapitres, autonomes dans leur lecture, même s’il est préférable de suivre l’ordre retenu pour mieux apprécier le niveau d’analyse très détaillé des derniers chapitres. Michel Galy a réuni des experts de la région qui offrent un regard sans concession sur une guerre que tous jugent insuffisante pour remédier aux problèmes de fond de la région. Ils mettent en avant également le fait que cette guerre répondait à une certaine « logique », car elle est le fruit d’une histoire complexe de la région Sahel / Sahara où se mêlent héritage colonial (français principalement), revendications sociétales (les Touaregs), jeux troubles des services secrets de la région (et en particulier le DRS algérien), crise économique et humanitaire qui perdure en raison des conditions climatiques peu favorables, mais aussi et surtout d’une désorganisation des pouvoirs en place qui ont adopté des modèles occidentaux sans les adapter à leurs spécificités.

Le chapitre 2 sur « le nouveau « grand jeu » des puissances occidentales au Sahel » de Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, le chapitre 4 intitulé « quelques traits du Mali en crise » de Jean-Louis Sagot-Duvauroux et le chapitre 6 sur « « la question touarègue », quels enjeux ? » de Hélène Claudot-Gawad apportent des grilles de lecture fondamentales sur les problématiques de la région et du Mali en particulier, tant et si bien que l’on aurait souhaité que cet ouvrage soit publié il y a quelques années, afin de tenter de rectifier le tir et d’éviter la situation actuelle.

En effet, le temps joue clairement contre ceux qui cherchent des solutions : la question touarègue n’est en rien réglée alors qu’elle est une pierre angulaire des troubles dans la région, même s’il faut reconnaître que les services secrets algériens (et occidentaux) ont une part de responsabilité dans ce chaos. Les programmes régionaux, favorisés surtout par les Etats-Unis, ne permettent pas d’avancées notables, car leurs interlocuteurs sont divisés et cherchent avant tout leur propre intérêt. La France n’est pas absente de la région, comme en témoigne son intervention au Mali, mais sa marge de manœuvre n’est pas non plus si grande qu’on pourrait bien vouloir l’imaginer, eu égard à sa forte dépendance des ressources énergétiques de la région.

Le livre « La guerre au Mali » est clairement une réussite, qui devrait être lu par tous ceux aspirant à comprendre à la fois une guerre, mais aussi la géopolitique d’une région qui n’est pas si loin de l’Occident. Bien écrit, accessible à tous mais sans renoncer à un contenu parfois pointu, le livre aurait peut-être mérité, pour être complet, un chapitre davantage prospectif, s’interrogeant (quitte à se tromper) sur le devenir à 5-10 ans de cette région à l’intérêt géo sécuritaire majeur pour le monde.


Recension rédigée le 22 septembre 2013

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_guerre_au_Mali-9782707176851.html