Anonymous, La fabrique d’un mythe contemporain (Camille GICQUEL; Editions FYP; avril 2014)

Couv-Stimulo

De nombreux ouvrages sont sortis sur les Anonymous, souvent de piètre qualité : soit écrits trop rapidement (sans la prise de recul nécessaire pour un bon livre), soit manquant de fond faute de sources de qualité ou de réelle nouvelle réflexion. L’ouvrage ici présenté évite ces écueils et revêt un intérêt certain pour qui cherche à comprendre une des facettes des Anonymous.

En effet, le livre de Camille Gicquel, qui travaille pour le magazine Regards sur le numérique et l’agence Spintak après avoir collaboré avec Owni.fr (très bon site internet qui fit de remarquables papiers sur les événements dans le cyberespace), ne cherche pas à présenter une histoire générale des Anonymous (mais est-ce seulement possible eu égard au matériau intellectuel disponible sur le sujet ?).

L’auteur cherche au contraire à traiter la question des Anonymous sous l’angle du mythe (opposition / contestation) qu’ils incarnent. Dans un essai court (90p environ) au style clair et précis, Camille Gicquel détaille le processus ayant permis la fabrication du mythe des Anonymous. En effet, bien qu’encore actifs dans le cyberespace, leurs faits d’arme les plus marquants en terme de hacking commencent à dater, tandis que ce qu’ils incarnent (et qui n’est pas facile à définir malgré une tentative intéressante de l’auteur) demeure.

Rappelons que les Anonymous ont connu le succès pour trois raisons : leurs prouesses techniques pour plusieurs cyberattaques, leur capacité à se mettre en scène et enfin les symboles dont ils se sont servis : le masque de Guy Fawkes, les vidéos sentencieuses, etc…

Ce sont les deux derniers aspects qui intéressent le plus l’auteur. En cinq chapitres, elle démontre avec brio comment les Anonymous ont réussi à « professionnaliser » leur communication, adoptant les codes des médias pour se faire comprendre et apprécier de ces derniers. Elle note au passage qu’un bon nombre de commentateurs / journalistes ont sans doute parfois fait preuve d’un manque de distance vis-à-vis de cette entité, ce qui s’est d’ailleurs vérifié dans le vocable employé pour les définir : pirates ou justiciers ?

L’auteur insiste fortement sur le poids politique et symbolique du masque qui permet une identification à une idée générale pour des personnes aux revendications parfois radicalement différentes. Son parallèle avec la figure de Che Guevera et en particulier son portrait photographique Guerrillero Heroico par Alberto Korda est innovant et intéressant ; cela rappelle au passage que la puissance de ces figures, de ces entités érigées en mythes, se mesure en grande partie à leur caractère intemporel et à la perméabilité du message qu’elles véhiculent.

A la fin de l’ouvrage, l’auteur a judicieusement mis en annexe la retranscription de son entretien avec le fondateur de l’opération Leakspin qui permet de renforcer l’argumentaire de l’ouvrage.

On aurait aimé que le livre traite également des différents points de vue par rapport à ce mythe particulier et qu’il donne la parole à ceux qui se le sont appropriés lors des manifestations pour des questions de société par exemple.

Le livre de Camille Gicquel demeure un bon essai court, avant tout destiné à ceux qui s’intéressent à cette entité qu’est Anonymous. On ne peut que souhaiter que l’auteur poursuive son travail en abordant d’autres dimensions liées aux Anonymous, qui sont inévitablement conduits à évoluer dans leur rapport au cyberespace.

PS : à plusieurs reprises, l’auteur me cite, mais en orthographiant de plusieurs manières mon nom laissant à penser que je serais plusieurs… Puisse une future réédition corriger cette erreur due à un quotidien français.


Recension rédigée le 27 juin 2014

Lien vers le site de la maison d’édition: http://www.fypeditions.com/anonymous-fabrique-dun-mythe-contemporain/